Traoré, Meacham et Jeter, les chainons manquants

Un collectif dans le basket est une chose fragile. C'est long à construire et ça peut partir en vrille très rapidement, demandez à Dijon.

Tous les coaches sont d'accord, c'est plus facile et plus rapide de bâtir une défense collective car c'est surtout une question d'abnégation et de volonté tandis qu'en attaque il faut de la stabilité dans un effectif pour développer les automatismes entre les joueurs à travers le temps.  En attaque il y a les stats et les egos à faire cohabiter.  Nous sommes dans le monde du sport pro ou l'alchimie, la solidarité et le partage ne sont pas forcément évidents à developper.


Tout le monde félicite, à juste titre, le collectif construit à Strasbourg autour de Antoine Diot, Jeremy Leloup et Louis Campbell par Vincent Collet.  Il a su faire adhérer ses joueurs aux principes d'une defense de fer ce qui constitue une assurance tous risques au plus haut niveau.  En encaissant seulement 64 points par match, Strasbourg est parti pour faire la meilleure défense sur une saison dans l'histoire de la Pro A depuis l'arrivée de l'horloge des 24 secondes!

Ils ont en fait la démonstration à Beaublanc mardi soir sur Canal Plus Sport devant une de nos meilleures audiences de la saison. Si parfois leur jeu offensif a des hauts et des bas, ce n'était pas le cas mardi ou l'adresse à 3 pts. et le rapport passes décisives/balles perdues ont été stratosphériques! Leur succès est dû à la stabilité de l'effectif mais aussi à l'incorporation rapide et réussie des nouveaux joueurs majeurs à l'intérieur, Ali Traoré et Matt Howard.

Howard est un travailleur de l'ombre pour le collectif donc ce n'est pas étonnant mais la transformation de Traoré est étonnante. C'est un scoreur né, et il est logiquement le meilleur marqueur de l'équipe. Cependant, il défend plus que jamais dans sa carriere et mardi il a surtout cherché à créer pour les autres en début de match en distribuant des belles passes décisives avant de redevenir scoreur quand son équipe avait besoin en troisième quart quand Limoges est revenu à moins deux.  Ali était le chainon manquant dans une équipe qui a perdu deux fois de suite en finale de la Pro A.  Il équillibre le jeu vers l'interieur et fait de Strasbourg le favori pour le titre aprés avoir déjà remporté la Leaders Cup.

Le chainon manquant de l'ASVEL, c'est Trent Meacham.  Il faut imaginer la saison de l'ASVEL avec Trent dans l'effectif depuis le début! Beaucoup de frustration et de déception en moins pour le TP Family, sans doute. Après les arrivées de J.D. Jackson et Alex Acker, celle de l'ancien champion de France avec Nanterre a consolidé le collectif en attaque avec son leadership, son métier et ses presque sept passes décisives par match. Ca donne la renaissance de David Lighty en 6ème homme de luxe et d'Ahmad Nivins en scoreur à haut pourcentage. Ca permet la naissance de Livio Jean- Charles comme titulaire efficace en poste 4 sans oublier Alex Chassang et le déplacement réussi d'Amara Sy vers le poste 3.  Ainsi ça joue plus grand et plus physique.  Meacham a même donné un semblant de renouveau à David Andersen qui était auparavant le plus mauvais rapport qualité/prix de la Pro A. C'est clair que l'ASVEL doit maintenant confirmer son redressement mais le club semble, enfin, prendre le bon chemin.

Alors, est ce-que Pooh Jeter va être le chainon manquant de Limoges?  C'est fort possible vu le niveau du joueur mais coach Jean-Marc Dupraz n'aura pas beaucoup de temps pour instaurer les valeurs de partage nécessaires au succès.  En plus, Jeter est d'abord un marqueur dans un effectif qui possède déjà beaucoup de finisseurs.  Il doit se transformer, comme Traoré, en homme clé du collectif afin de tirer le maximum de ses partenaires.  Le président, Fred Forte, qui a beacoup fait parler de lui depuis deux semaines, a peut-etre touché le gros lot avec Jeter aprés avoir reussi in extremis à se séparer de Ramal Curry.  Seul le temps nous le dira!