Le Sacre et le Sacré

Evidemment, après ce que je viens de vivre, l'image la plus émouvante de l'Episode 4 des Finales LNB 2015 pour moi, c'est Philippe Hervé, en larmes, embrassant le vielle montre de son père regretté après avoir gagné son premier titre de Champion de France comme coach.

J'ai rencontré Philippe pour la première fois en 1977 aux entrainements du Racing Club de France et nous sommes restés copains depuis ce temps-là.  C'était un gars souriant qui a fini par faire une carrière encore plus brillant de coach que comme jouer.  Il ne manquait que ce titre à son palmarès pour confirmer toute les grandes choses qu'il a fait auparavant à Chalon, l'ASVEL et Orléans dans le rôle de bâtisseur de club, d'équipe et de collectif.

    A Limoges, il a du bâtir en accéléré avec l'effectif, selon lui, le plus talentueux jamais mis à sa disposition et il a fait du bon boulot.  Variant toujours son cinq majeur pendant les play-offs, il a constamment brouillé les cartes à tel point qu'il était impossible de cibler qui que ce soit en défense d'un match à l'autre.  Même la blessure du MVP, Adrien Moerman, n'a pas ralenti la marche en avant du CSP.  Dans les Finales, Ousmane Camarra a été le MVP surprise (14pts. et 9 rebonds) du premier match gagné de deux points à Strasbourg.  C'etait le match tournant en faveur de Limoges et Strasbourg n'a jamais su rattraper cette bourde.  Dans la 3eme rencontre, Jamar Smith (17pts) et Nobel Boungou Colo (16pts.) ont été décisifs.  Dans le match 4, Frejus Zerbo se transforme en Apollo Faye pour l'occasion, Camarra est nommé le MVP surprise des Finales à l'image d'André Iguodala dans les Finals NBA avec Golden State, et le petit ourson de 1m80, Pooh Jeter, sort de sa cave pour faire la décision dans le money time.  A la fin, Limoges était trop talentueux et Strasbourg trop maladroit.  Dans la dernière mi-temps de la saison, Limoges a marqué 54 points à la meilleure défense de la saison!

    Avec un 11-0 à l'approche de la dernière minute, Limoges a enfin réussi à larguer une courageuse équipe de Strasbourg qui menait encore à la 34eme minute.  Quel spectacle et quel beau match intense, loyal et propre entre deux équipes qui se respectaient.  La différence s'est faite sur le talent individuel car Strasbourg n'avait pas de "go-to player" tandis que Limoges en possédait plusieurs.  Après avoir surtout investi sur un coach renommé, Yannakis, il y a trois saisons, le président Fred Forté a changé de cap et a préféré mettre les sous sur des gros joueurs talentueux et parfois, même, limite ingérables!  Avec 5 à 6000 spectateurs payants à chaque match, Limoges a des moyens que d'autres clubs ne possèdent pas et cela a permis l'arrivée pendant la saison de Hervé, Jeter et de Mike Gelabale(parti en plus de... Strasbourg).  Le foot a Aulas, le rugby a Boudjellal et le basket à Forté.  Ce sont des présidents qui défendent  leurs clubs bec et ongles et qui, parfois, dépassent la ligne jaune.  Forté a même réussi à énerver le normalement flegmatique Vincent Collet avec ses tweets, c'est tout dire! 

    J'ai entrainé Fred en benjamins en 1981 quand j'ai été joueur pro à Caen et même à cet âge-là je voyais les prémices pour un grand meneur d'hommes dans l'avenir.  Nous avons été champions de Basse-Normandie et Fred s'occupait déjà de tout!  Depuis deux ans, il a fait les bons choix avec ses moyens dans ce basket moderne ou tout est précaire et temporaire, ou la continuité dans un effectif est de plus en plus rare et les changements de joueurs excessivement frequents.  

    Le dernier élément clé dans ce doublé est, bien sûr, ce public en or de Beaublanc qui remplit les caisses et qui pousse les joueurs à se sublimer.  Ils étaient 6000 dedans et 10000 dehors.  Wow!  Comme disait Philippe Hervé, "c'est la magie de Beaublanc". 

    A l'image de Collet, le président Martial Bellon et Antoine Diot, Strasbourg a été très digne dans la défaite.

 

    Je voudrais terminer en félicitant mes confrères David Cozette et Laurent Pluvy (avec ses très bonnes analyses), ainsi que les autres journalistes, réalisateurs et techniciens toujours prêts à donner le maximum pour mettre en valeur notre sport préféré.  Ce beau monde a su vous transmettre toute l'émotion, la ferveur et l'intensité de ces Finales 2015.  D'ailleurs, j'ajoute que depuis plus de 20 ans, personne n'a plus défendu ou promu le basket français que David.  Chapeau bas à vous tous!