Fièvre du samedi soir

Depuis 4 jours il y a deux sujets majeurs dans notre petit monde du basket qui occupent les esprits; la victoire de San Antonio samedi face aux Warriors et la bataille entre l'Euroleague et la FIBA pour organiser les coupes européennes de basket.

D'abord, la soirée fiévreuse prés de Fort Alamo dans le Texas qui a vu la victoire de référence des Spurs sur les champions en titre sérieusement diminués et complètement cramés, physiquement et mentalement, par une série de 9 matches en 14 jours, un rythme insensé.

 

    San Antonio a gagné grâce à sa domination à l'intérieur et sa défense collective sur Steph Curry.  Gregg Popovich, coach légendaire, n'a absolument pas caché son jeu sur le plan tactique en sortant de sa manche Boris Diaw (14pts et 8 rebonds) comme titulaire surprise et une défense sur Curry qui a switché sur les écrans et qui a bousculé le MVP physiquement du début à la fin.  Pop n'a fait reposer que Tim Duncan, dépassé par la cadence, et les atouts, longueur du banc et l'expérience (Parker et Ginobili ont réussi 5 paniers à 3pts. clés), ont fait le reste.  Curry a du faire face à au moins 8 défenseurs féroces différents (ca nous rappelle les "Jordan Rules" de Detroit face aux Bulls) et la fatigue cumulée de cette saison historique ou Golden State joue à fond sur tous les tableaux et pour tous les records, se lisait sur son visage.

    Ce n'est pas facile d'être toujours au top quand vous jouez 82 matches en 169 jours et les Warriors sont peut-être un peu gourmand en tirant trop sur leur trio décisif, Curry-Klay Thompson-Draymond Green.  Par exemple, ils ont tous joué plus de 34 minutes la veille contre Dallas ce qui leur a couté une défaite à San Antonio car ils manquaient visiblement les cannes pour attaquer le panier.  Quand deux de ces trois joueurs passent à côté du match, les champions ont du mal à vaincre, surtout pendant les absences de André Iguodala, Festus Ezeli et Andrew Bogut.  Coach Steve Kerr est tenté de jouer trop longtemps le "small ball", ce qui est usant, et à la fin une équipe comme les Spurs peut aller chercher la victoire au rebond offensif derrière le tandem terrible, LaMarcus Aldridge-Kawhi Leonard. 

    Tout le monde sait que cette victoire dans le match le plus médiatisé de la saison reguliere ne donnera pas le titre au Bulls comme Tim Duncan a souligné.  Par contre, nous avons tous vu une formule qui permet de gêner la fabuleuse machine offensive des Warriors et qui donnera forcément un surplus de confiance aux Spurs si les deux franchises, qui dominent la NBA actuellement, se rencontrent en playoffs en mai en Finale de Conférence.  La bonne nouvelle pour Golden State c'est que 9 de leur 12 derniers matches sont à la maison ou ils sont toujours invaincus cette saison!  Moins de voyages, la possibilité de creuser vite des écarts et faire reposer les titulaires et la capacité de soigner les blessés dans les meilleures conditions, il n'y a que des avantages pour les champions d'évoluer à domicile.  Je verrais bien Kerr réduire progressivement les temps de jeu des titulaires pendant cette dernière ligne droite.

    Ce match, diffusé en direct dans la nuit par Canal+ Afrique, une première, a été haletant et l'occasion pour tous mes collègues là-bas de montrer leur ferveur et leur motivation autour d'un grand évènement NBA.  Merci à tous !

   Parlons maintenant de cette lutte entre l'Euroleague et la FIBA.  Après beaucoup de menaces et de procédures entre les deux parties, le résultat final me parait évident.  L'Euroleague va garder la main sur l'Euroleague qui va devenir une sorte de NBA trans-européenne (une société privé) avec les 16 plus gros clubs du continent qui ont soif de ce type de financement, car l'Euroleague a trouvé un gros partenaire financier pour les prochaines saisons avec IMG.  La FIBA devrait gérer la deuxième coupe européenne, appelée la FIBA Champions Cup, et ainsi retrouver un standing intéressant après avoir laissé l'Euroleague prendre en main le haut niveau européen il y a 15 ans.  A la fin, l'Euroleague aura intérêt à lâcher l'Eurocoupe (qui va servir de pion tactique à mon avis) afin d'apaiser la FIBA et éviter une guerre destructrice pour le basket en général.  Cela, tout en gardant sa mainmise sur l'essentiel pour elle, une nouvelle NBA européenne, générateur de revenues!  Si l'Euroleague essaye de garder le monople sur tout en maintenant l'Eurocoupe, les dégâts risquent d'être considérables pour tout le monde.

   La FIBA Europe a de quoi financer correctement la FIBA Champions Cup comparé à l'Eurocoupe et comme me disait souvent Pierre Seillant, président légendaire de Pau-Orthez, "mieux vaut un bon compromis qu'un mauvais procès!".  A méditer!